Février 2006
Emploi en PACA : les quinquas contre attaquent !
En région PACA, les plus de 50 ans représentent la classe d'âge qui occupe les emplois les plus qualifiés (43 %) et - privilège de l'âge – la majorité des postes de cadres. Mais, revers de la médaille, lorsque ces actifs confirmés perdent leur emploi, ils subissent de plein fouet "l'augmentation préoccupante du chômage de longue durée dans la région. Leur ancienneté de chômage est proportionnellement plus longue que pour les autres : au-delà de deux ans", peut-on lire dans une étude de la direction régionale de l'ANPE. Plongée dans le retour à l'emploi de ces jeunes seniors, à la fois expérimentés et dynamiques.
En observant le marché du travail à la loupe entre Montpellier et Nice, on se rend compte que les 50 ans et plus sont particulièrement bien employés dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse (surtout à Marseille et Avignon) mais moins dans les Alpes-Maritimes (Cannes ou Antibes) où le marché est moins florissant. De façon générale, PACA est une région où l'expérience des quinquas est appréciée... et leur réorientation souvent couronnée de succès. En témoigne l'activIté d'une association, basée dans les Bouches-du-Rhône : "Espace cadres Marseille". Cette structure à but social, unique en France et partenaire étroit de l'ANPE cadres et de l'APEC, propose à des quinquas
soucieux de retrouver rapidement une activité professionnelle un bilan et une "remise en activité" en trois étapes. La prise en charge est entièrement gratuite. Rencontre avec le délégué régional de l'association, Igor Innocenzi.
Que représentent aujourd'hui les quinquas sur le marché du travail local ? :
Ils sont des éléments indispensables à l'encadrement. Les seniors représentent à la fois la mémoire et l'histoire d'une entreprise. Ils en sont aussi les pilotes puisque, face à de jeunes équipes, ils assurent la transmission du savoir. C'est qu'après la période de jeunisme que nous venons de traverser, arrive celle de l'expérience. C'est pourquoi, les perspectives de recrutement pour eux sont prometteuses en région PACA.
Entre Montpellier de Nice, quels sont les secteurs porteurs ?
On peut citer d'abord les services aux personnes qui se développent beaucoup dans les Bouches-du-Rhône par exemple. La finance et la banque sont également des secteurs très friands d'hommes et de femmes d'expérience, capables de prendre en charge des services complets et d'être autonomes. Enfin, le secteur de la maintenance informatique offre des emplois pérennes. Citons aussi les ressources humaines et le commerce, toujours à la recherche d'éléments d'expérience.
A contrario, lesquels les boudent ?
Incontestablement chez nous l'hôtellerie et la restauration mais ce phénomène n'est pas réservé aux quinquas. De manière générale, ces métiers, très pourvoyeurs d'emplois, attirent de moins en moins de monde. Dans le bâtiment, la tendance est similaire. Pourtant, ces secteurs réclament beaucoup d'encadrants et ne trouvent pas toujours les candidats correspondants.
Quelle est l'originalité d'"Espace cadres" par rapport à des cabinets de consultants classiques ?
La gratuité du service d'abord ! Seule une adhésion à l'association est demandée (50 euros pour l'année) et même rien aux personnes en difficulté économique. Financés par six instituts de retraite des cadres, nous sommes un organisme d'entraide qui met bénévolement au service de seniors ayant quitté leur activité professionnelle, les moyens et la formation pour en retrouver une autre... similaire ou totalement différente. Chaque année, nos consultants bénévoles (20 au total) prennent en charge plus de 150 personnes, âgées de 50 à 60 ans. 88 % d'entre elles retrouvent un emploi dans l'année qui suit.
Comment se déroulent les parcours de "remobilisation" des seniors et quelles garanties de succès ont-ils ?
On procède en trois étapes bien distinctes. On essaie d'abord de traverser ensemble la période de deuil d'activité, plus ou moins longue, au cours de laquelle un bilan personnel et professionnel est amorcé. Cette période dure en général deux mois. Ensuite, nous reprenons ensemble, une par une les compétences du candidat, son savoir-faire et on étudie les transferts de compétences possibles. Enfin, après ces deux mois d'expertise, on travaille encore trois mois avec le candidat pour établir un véritable plan d'action pour l'emploi recherché. La démarche du quinqua est ainsi affinée en fonction des besoins, des zones géographiques visées et de ses attentes. Nous nous fixons au total une année au maximum pour parvenir à réinsérer dans le monde professionnel un quinquagénaire qui s'en était trouvé écarté un moment. Au-delà, c'est un échec. Mais en moyenne, il faut compter 7 mois pour retrouver un emploi en PACA.
Alors, qui sont ces quinquas et où se réinsèrent-ils ensuite ?
Anciens banquiers, directeurs commerciaux, informaticiens, techniciens supérieurs... Les profils sont très variables et les réorientations diverses. Dans la grande majorité des cas, les seniors retrouvent une activité approchante de celle qu'ils exerçaient auparavant. Un conseiller en gestion salarié va, par exemple, prendre le pari de créer sa société en nom propre. La création d'activité, c'est ce qui se passe dans 10 % des cas dans notre région. Risqué mais souvent efficace !
Les seniors ont donc de l'avenir sur le marché du travail de la Côte d'Azur et du Languedoc Roussillon ?
Incontestablement. Depuis quelques années, on a trop cédé au jeunisme ambiant et on se retrouve aujourd'hui avec des actifs en nombre qu'il faut encadrer. Or, il n'y a plus personne ! On s'est séparé un peu vite de ces "mémoires de l'entreprise" que représentent les 50 ans et plus. Résultat : après les avoir poussés vers la sortie, on va les rechercher car leur expérience de terrain manque. On assiste donc à un retour à l'équilibre sur le marché de l'emploi de la région et les quinquas en sont les
principaux bénéficiaires.